Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 17:13
 

Dali investissant la capitale girondine dans un cadre tout à fait charmant, mise en perspective avec Goya , mort il y a 181ans à Bordeaux, «  des originaux, gravures, lithographies et sculptures de Dali mis en vente. »

Dans ma fougue et ma jeunesse, certains mots ne m'ont pas agressé en lisant la brochure : originaux, mis en vente. Innocente, candide : pourquoi stipuler qu'il s'agit d'originaux? Une exposition digne de ce nom n'aurait quand même pas l'audace d'exposer des reproductions!?  Quelle drôle d'entrée en matière...

Mais avant de tirer à boulet rouge sur cette « exposition » plus à même de ressembler à une fiévreuse orgie mercantile parisienne que de proposer au public de découvrir et accessoirement comprendre l'œuvre de Dali, clarifions notre position et le cadre de l'exposition.
 Aucun préjugé, aucun à priori, je me suis donc rendue au cellier des Chartrons enthousiaste à l'idee de pouvoir voir des œuvres du maître surréaliste et du torturé Goya à Bordeaux.

Un cadre agréable au détour d'une rue, tonneaux, bouteilles, ivresse des sens, quoi de plus singulier et charmeur en cette douce après-midi dominicale pluvieuse?


L'exposition s'articule en deux parties majeures : la première offre à travers une juxtaposition de 80 gravures des « Caprices de Goya » un regard sur la société décadente espagnole de la fin du XIXème siècle, mis en parallèle avec les Caprices à la manière de Dali, réactualisant les thèmes décrits 200ans plus tôt en les revêtant d'une bonne dose surréaliste. La méthode dite de la « Paranoïaque Critique » utilisée par Dali consiste donc en une « méthode spontanée de connaissance irrationnelle basée sur l'interprétation-critique des phénomènes délirants ». Dali colorise certains éléments de l'image originale de Goya et appose sa touche en des ajouts surréalistes, formes et autres vibrations, réinterprétant visions amoureuses romanesques, histoires de contrebande, couardise de la noblesse ...

Dans un article de Piotr Czarzasty, Serge Goldenberg, marchand d'art parisien, collectionneur et organisateur de l'exposition s'explique : « Il était intéressant pour nous de mettre en avant cette collaboration inouïe qu'il peut y avoir entre deux artistes séparés par tant d'années. ». En effet, nous avons eu tout loisir d'admirer et de comparer les 80oeuvres, alignées en bataillon serré sur les murs du cellier, nous contentant des faibles explications proposées à l'entrée de l'exposition.


La deuxième partie de l'exposition propose aquarelles, lithographies, livres et tapisseries afin d'approfondir une lecture de sa méthode Paranoïaque-Critique. Soit. Les oeuvres exposées sont bien sur intéressantes et dénotent avec celles que nous retrouvons dans les musées :

-Les chants de Maldoror (1934)

-La suite des Anamorphoses

-La suite de Currier et Ives

-Gravures des Dîners de Gala

-Les songes drolatiques de Pantagruel

-La suite des Hippies et de la Divine Comédie.


Il ne s'agit donc pas du contenu, manifestement intéressant et complet que nous reprochons à l'exposition de Serge Goldenberg. Celui-ci souhaitait en effet offrir à la ville qui accueillit Goya, la présentation des Caprices avant de les proposer aux enchères. Nous pouvons donc souligner la démarche altruiste d'un homme souhaitant offrir un dernier regard au commun des mortels à des œuvres qui bientôt seront confinées bien à l'abri du pauvre amateur d'art.


Ce que nous reprochons, c'est le manque total d'analyse scientifique qu'offre cette exposition. D'ailleurs, nous sommes bien embêtés de l'appeler comme telle. Des cartels explicatifs pauvres voire faméliques, mettant seulement en évidence le prix de l'œuvre, des accrochages sommaires ne rendant absolument pas honneur aux créations, des prix balancés ci et là, vulgairement, comme s'il s'agissait d'une vente de peintres de campagne, accrochant leurs œuvres à l'occasion de la 50ème Foire à la truite. Certaines œuvres, entreposées sous verre (quand même!), pèle-mêle dans un bac en bois, des assiettes Faust vendues 150euros pièce, des lithographies à même le sol obligeant le quidam à s'accroupir pour admirer les créations... Diable qu'il est ludique de pouvoir s'emparer des lithographies, les scruter et les reposer dans le bac en bois! Pour seule justification : « Nous n'avions plus de place. » Don't Acte.

Grossière, vulgaire, cette exposition (organisée par un privé, rappelons-le) n'est rien d'autre qu'un grand bazar, assaillant le curieux de prix, de suggestions de ventes à peine après avoir pénétré dans le cellier. « Œuvres à vendre » mentionnées avec des gomettes, cartels en papier Canson accrochés à la hâte, publicité mensongère. Je m'explique : on nous propose de manière fort alléchante de découvrir des sculptures de Dali : Le Rhinocéros Cosmique entre autres. Il ne s'agit en effet que de moulages, certes numérotés. « Des tirages à 99exemplaires seulement! » affirme une jeune femme embringuée dans l'affaire, tâchant de garder le sourire face à mon visage déconfit et amer. 36.000euros la reproduction. Je suis heureuse d'avoir dépensé 5euros pour voir des reproductions, une série de Caprices alignée façon Fordisme et n'avoir strictement rien apprit sur Dali.


             
Une réplique du Rhinocéros Cosmique                  Le fameux bac aux lithographies: faites votre choix!



Est-ce le manque manifeste de place proposé par le cellier des Chartrons, une organisation trop rapide, l'envie pressante de vendre plutôt que d'offrir ces œuvres aux yeux du public qui ont fait de cette exposition un événement manqué, l'un de mes plus mauvais souvenirs en matière d'exposition? Dali aimait l'argent, d'autres également. Au final, ne reste que le goût amer d'avoir été roulée, une plus grande méfiance encore des institutions privées et le souvenir d'avoir visité une grande kermesse. Par contre, j'ai eu la joie de connaître le prix de « Les Tables de Loi », original signé, n°95/250, évalué à 4900euros. J'en suis tout bonnement ravie et je souhaite beaucoup de plaisir au futur acquéreur.

Si vous avez du temps à perdre, de l'argent à donner, que vous aimez Dali et les ambiances foires guindées et bourgeoises, vous pouvez toujours y aller. Sinon, vous trouverez bien une alternative en longeant les grilles du Jardin Public où toute une série d'oeuvres reprographiées sont accrochées!

Au moins, dans les grandes expositions nationales, bien que la tendance actuelle soit de brasser un maximum d'argent plutôt que de rendre véritablement hommage à un peintre ou d'illustrer une thématique donnée, on nous offre à voir des œuvres originales, bien emballées, bien étudiées. Ici, en plus du côté mercantile évident de l'exposition, vous pourrez admirer de belles copies!

 

 

 

Infos pratiques :
Cellier des Chartrons
41 rue Borie à Bordeaux
Tél : 01 30 27 31 31 ou 06 33 88 25 50

Tarifs :
Plein tarif : 8€
Tarif réduit : 5€
Gratuit pour les moins de 12 ans

Jusqu'au 29 novembre.

      

Génial, nous avons le prix! Sinon, autre chose?               Une rigueur scientifique incomparable!

Par Ombeline D. - Publié dans : Critiques et avis
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Vendredi 30 octobre 2009 5 30 /10 /Oct /2009 14:42

Parce que je ne suis pas que passionnée par les théories raciales.
Parce que je me refuse à être négative plus de 50% de mon temps.
Parce que c'est 50 autre % sont consacrés au cynisme et à l'aigreur.
Parce que, n'en déplaise à certains, je n'ai pas que trois centres d'intérêts dans ma vie : I La mort , II Le sexe III Les visions apocalyptiques.
Parce que j'aime aussi rire grassement.
Parce que le monde me rend aigri, je me devais de publier quelques textes sur l'aigreur. 
Parce que je connais plein de gens aigris que je ne citerais pas.
Parce que.
Parce que j'ai un humour à chier. (La faute à mon géniteur, tendre et cher qui chante devant 800 personnes en tutu avec un testicule dépassant du slip. J'aime mon père.)




 MANIFESTE BROUILLON DE L'AIGREUR:


Aigri :
Que les déceptions ont rendu irritable, agressif, amer.

Ainsi parle Alphonse Daudet : « J'étais aigri, je ne pouvais plus rien supporter. ». Nous y sommes! Être aigri ne se fait pas en un jour. De même qu'on ne naît pas aigri, on le devient. Il n'y a pas de rites, pas de baptêmes, c'est un art de vivre, une manière acerbe de réagir et de dire les choses de manière piquante, blasée, lassée ou cynique. Le monde occidental lui-même devient peuplé de gens aigres.
Je suis aigrie, tu es aigris, il est aigri. Cet adjectif se décline avec toutes les personnes, qu'elles soient singulières ou plurielles , preuve de son universalité.

Nous ne chercherons pas ici à déterminer ce qui rends une personne aigre (du moins dans les fondamentaux). Notre lectorat est assez intelligent pour savoir de quoi peuvent naître les frustrations entraînant le sujet à devenir aigri et à ainsi entrer dans la grande famille des personnes ne supportant absolument plus rien. Les facteurs déterminants sont encore une fois simples et connus universellement. Nous trouvons en tête du classement : l'amour, les déceptions liées au monde du travail, aux amitiés brisées, à une vie morne et sans surprise. Avant de développer ces points sensibles auxquels les aigris semblent être particulièrement attachés, nous allons tout d'abord tacher de dresser des portraits de personnes aigries afin de mieux les cerner, les reconnaître pour mieux les aborder. Cet ouvrage n'a pas pour vocation d'être un manuel pour tenter de communiquer sereinement avec une personne aigrie mais plutôt offrir un regard neuf sur ces gens, découvrir un mode de vie, un humour particulier du genre humain et une finesse d'esprit jamais égalée.

On qualifie souvent l'aigreur comme un chapelet de méchancetés agglutinées les unes aux autres comme des dards, des langues de vipères fielleuses cherchant à tout prix à faire du mal. Non, Non, Non. Pourtant l'heureux personnage atteint d'aigreur n'est pas foncièrement méchant. L'aigri fait de l'humour par des remarques cyniques que le commun des gens innocents ne peut comprendre! L'aigri est dès lors refoulé, rejeté de toutes sortes de conversations, mis au banc de la société. Et pourtant, il peut intervenir aux seins de conciliabulles divers quand de prétendus aimables collègues tirent à boulets rouges sur l'ambulance du groupe. La méchanceté et les potins le cimentent, le construisent, l'enivrent au détriment d'une tierce personne. L'aigri se fait maçon et séisme. Il est l'oxymore du groupe social et une donnée essentielle pour comprendre notre monde (copyright Emeric Descroix lors d'un entretien vidéo entre X et X, conscience juive contre conscience lambda) et la façon dont il est dirigé.

Sans plus tarder, nous allons décrire un premier personnage aigre car nous savons que trop de discours tue la patience d'un lectorat avide de pouvoir reconnaître dans son entourage de telles personnes. Bien sûr, le comité de rédaction très réduit de cet ouvrage tient à signaler que ces quelques pages n'ont absolument rien à voir avec les manuels vendus à la fin du XIX° siècle en France et en Allemagne où l'on enseignait aux gens la façon dont on pouvait reconnaître des personnes juives. Nous supputons que notre lectorat, très instruit, saura faire la part des choses et qu'il ne nous en voudra pas de mentionner ce point historique important, bien au contraire!

 

PERSONNAGE AIGRI NUMERO 1 :

Une personne aigri n'a pas un physique particulier. Tout est dans la façon de faire, de dire, de penser, d'agir. Souvent, vous la verrez s'isoler spontanément lorsque trop de monde vient à surgir. Son langage peut paraître abscons : une longue série de plainte plus ou moins identifiable permet de reconnaître l'individu. Comme pour l'art de savoir cueillir les champignons, il convient de distinguer les vrais du faux. Un cèpe de pin n'est pas pas un cèpe de Bordeaux. -C'était la note régionaliste du jour-. Dans ces plaintes se perdent des borborygmes, des grognements, des soufflements à répétition s'approchant plus généralement de ahans que du langage humain, certes.

L'aigri dans ses mauvais jours se tient vouté. Il est nerveux et marche de deux manières différentes. Nous savons tous que l'habit détermine un style de démarche mais nous pouvons observer deux caractères distincts : l'aigri peut sembler s'enfoncer dans le sol, plantant rageusement ses lourdes semelles.  Ces jours là, il déteste les dallages, la pierre, préférant une terre meuble, quoique salissante pour y enfoncer ses godasses et ainsi mutiler le sol en écrasant un maximum d'insectes, convaincu du bien-fondé de cette catharsis imaginaire. A contrario, l'aigri paraît comme flotter au-dessus du sol, avançant dans les couloirs sinueux du temps dans un flottement. Poussé par une aura diabolique et violente, l'aigri s'imagine conquérant, fendant le temps et l'espace.
L'aigri peut également se tenir voutée, concentrée sur son « moi » atrabilaire, tripotant mentalement son nombril, foyer de ses humeurs intimes.

(à suivre...)


Un exemple de phrase type et véridique :
QUESTION LAMBDA: (posée sans aucune méchanceté, purement et simplement interrogative)

-Jean-Louis, avez-vous vu la table du vidéo-projecteur?

REPONSE AIGRIE: (cassante, froide et profondémment méprisante)

-Vous croyez que je suis parti avec sous le bras?



Vieille vendeuse acariâtre, Fribourg-im-Brisgau, mai 2008. Moi dans quelques décennies.

Par Ombeline D. - Publié dans : Ecrits personnels
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