Boris Vian


 – Bibliothèque Nationale de France – Du 18 octobre 2011 au 15 janvier 2012

 

 

lettre_boris_vian.jpg


                Boris Vian est plus qu’un écrivain ayant fréquenté les cercles de Saint Germain des Près. Romancier, trompettiste de jazz, traducteur, parolier, peintre, chanteur, poète et dramaturge, l’œuvre de l’artiste impose dès lors une certaine forme de respect. L’exposition que lui consacre la BnF sous la houlette de la commissaire Anne Mary, conservateur au département des Manuscrits et Nicole Bertolt, représentante de la Cohérie Boris Vian, a été rendue possible grâce au don d’archives encore inédites de ses héritiers et notamment Ursula Vian-Kübler, en 2010. Comment appréhender l’œuvre globale de cet artiste touche à tout de génie en évitant la confusion et l’overdose de documents ? Anne Mary a tenté de résoudre ce problème épineux d’une muséographie trop riche en se concentrant sur l’œuvre romanesque de l’écrivain ainsi que sur la musique et  pluslogiquement, le jazz.. 200 documents sont ainsi présentés au public, certains pour la première fois, comme par exemple, une série de six peintures réalisées par Vian lui-même en 1946, sur les encouragements de Queneau à l’occasion d’un concours organisé par la NRF.

 

La scénographie de l’exposition retrace la vie de l’artiste, de son enfance au sein d’un cocon familial ouvert sur la musique et la lecture, basée sur de solides valeurs antimilitaristes. Quelques manuscrits  tels que « Conte de fées à l’usage des moyennes personnes » daté de 1943 ou encore « Trouble dans les Andains » permettent au visiteur d’appréhender les premiers poèmes de Vian qui seront publiés par la suite dans Vercoquin et le plancton, en 1947. Premières rencontres, débuts de l’écrivain, passion du jazz, romans de Vian et son double américain Vernon Sullivan, Désillusion et rebond, Chanson, Epuisement et postérité constituent les articulations de cette exposition riche en documents. Archives sonores et audiovisuelles, pochettes de disques, livres et manuscrits constituent la base de ce travail scénographique qui permet d’ancrer clairement l’œuvre de Vian dans un contexte à la fois personnel mais aussi plus généralement culturel et social. Anne Mary insiste particulièrement sur le jazz et n’hésite pas, à travers des cartels explicatifs, à souligner l’importance de la musique dans l’œuvre romanesque de Vian en établissant régulièrement certains parallèles entre musique et ouvrages, notamment le très célèbre L'Ecume des jours où Duke Ellington y est relativement présent. Vian admire Dizzie Gillepsie, Miles Davis, rejoint l'orchestre de Claude Abadie de 1941 à 1947, publie régulièrement des chroniques sur le jazz et dirige deux collections chez Phillips, "Jazz pour tous" (33tours) et "Petits jazz pour tous" (45tours). Le jazz, moteur et catalyseur de ses angoisses, est le parallèle lumineux de ses oeuvres poétiques et cruelles, telles que L'Arrache-Coeur où l'on pend les vieillards ou encore J'irai cracher sur vos tombes. Petit bémol quand à l'explication sur le Collège de Pataphysique, qu'il intègre suite à la publication de L'équarissage pour tous en 1947. Mais la présence des fameuses "gidouilles" ainsi que du fameux cor à gidouille ayant appartenu à Vian permettent d'oublier cette infime lacune. On découvre également un écrivain traducteur pour la collection Série Noire, créée par Marcel Duhamel en 1945. Vian traduit, d’abord aidé de sa femme Michèle, des nouvelles de Richard Wright et contribue à terme à introduire à partir de 1953 la Science-Fiction qu’il affectionne tout particulièrement, grâce à ses traductions de Van Vogt.

 

Anne Mary met en évidence l’activité frénétique d’un homme qui se savait condamné et qui avait l’impératif de vivre en urgence. Vian se battait aussi contre le temps, espérant atteindre une renommée  qu’il ne trouvera pourtant qu’après sa mort, lorsque Jean-Jacques Pauvert réédita L’écume des jours en 1963.

Il s’agit donc ici, plus d'un hommage posthume à Boris Vian faisant également honneur  à la richesse des fonds conservés par la BNF, qu'à la qu’une exposition analytique de ses œuvres, laissées à l’appréciation du public. La scénographie confiée à l’agence « Je formule », fait référence aux nénuphars de L’écume des jours. Visuellement percutante par le déploiement de couleurs vives, lumières tamisées et formes ludiques (une salle d’exposition seulement pour huit sections savamment articulées les unes avec les autres) n’empêche pas le spectateur de se sentir quelque peu étourdi par le nombre d’éléments proposés. Pensée pour suivre la vie de Vian -sans l’avoir eu-, (autorisons-nous un jeu de mot !), en optant pour une tige parcourue par sa sève (jazz et roman), la scénographie offre la possibilité au spectateur courageux et passionné de déambuler dans les corolles de ces nénuphars afin de découvrir les différentes facettes de l’artiste.

 

 L’ensemble, s’il est à terme fatiguant, reste cependant très cohérent et évite avec finesse, le danger d’une exposition uniquement basée sur des manuscrits. Le spectateur est emmené à écouter, lire, sélectionner des chansons de Vian proposées à l’écoute et pour tous au sein même de l’exposition. Du be-bop, la forme moderne du jazz préférée par Vian est également diffusé en boucle pendant la visite, permettant ainsi au spectateur de se plonger véritablement dans l’ambiance, quitte à ce que celui-ci ait à terme, l’étrange sensation de se retrouver au Tabou, cave où se réunissait l’intelligentsia que fréquentait Vian en 1946.

 

La visite s’achève sur une compilation de films et documentaires explicatifs consacrés à Vian, sa vie, son œuvre, point d’orgue ultime avant que le chaland ne regagne l’atmosphère paisible de la BNF. Ambitieuse, colorée et pourtant grave en dépit de l’usage massif et surprenant de couleurs, l’exposition résume visuellement la frénésie créatrice d’un homme condamné à vivre du deuil de ses ambitions avortées. Sulfureux, « déviant », son univers foisonnant se heurta aux mentalités de son temps. Il écrira : « ils ne veulent lire que ce qu’ils connaissent déjà ».

Cette exposition phare qui devrait ravir à la fois les adorateurs et les novices de l’œuvre de Vian, évoque inévitablement une citation extraite de son roman, Les morts ont tous la même peau : « Qu’on en dise du bien ou du mal, quand tout le monde en parle, c’est un succès. » Tout le monde n’en parle pas encore, mais cela ne saurait tarder !

 

vian_427.jpg

 

 

Informations 

 

Dates 18 octobre 2011 I 15 janvier 2012
Lieu Galerie François Ier
BnF I François-Mitterrand
Quai François-Mauriac - Paris XIIIe
Métro : Bibliothèque François-Mitterrand (14), Quai de la gare (6)
Bus : 62, 89, 64, 132 et 325
Horaires Du mardi au samedi 10h-19h
Dimanche 13h-19h
Fermé lundi et jours fériés
Entrée : 7 euros, Tarif réduit : 5 euros
Réservations FNAC,
tél : 0892 684 694 (0.34 euros TTC/mn), www.fnac.com
Commissariat Anne Mary, conservateur au département des Manuscrits, BnF
Conseiller scientifique Nicole Bertolt, représentante de la Cohérie Boris Vian
Coordination Anne Manouvrier, chargée d’expositions, BnF
Scénographie
Graphisme
Scénographie : Je formule, Juliette Dupuy
Graphisme : Je formule, Estelle Maugras :
Visites guidées Renseignements et réservations au 01 53 79 49 49
Activités pédagogiques Renseignements au 01 53 79 82 10 – action.pedagogique@bnf.fr
Publication Boris Vian
Sous la direction d’Anne Mary
190 pages
Coédition BnF/Gallimard
Prix : 39 euros
Contacts presse Claudine Hermabessière
chef du service de presse et des partenariats médias
01 53 79 41 18 - claudine.hermabessiere@bnf.fr
Isabelle Coilly
chargée de communication presse
01 53 79 40 11 - isabelle.coilly@bnf.fr

 

 

En savoir plus. Dossier de presse BNF

 

http://www.bnf.fr/documents/dp_boris_vian.pdf

 

 

 

 

 

 

 

Retour à l'accueil