Critique

                   A Orsay, tout est à revoir. Y compris les vieilles pointures du 19ème siècle, ressortis à l'occasion pour assurer un succès quasi-évident au musée tout en contribuant à la politique culturelle lancée par celui-ci depuis 2010. Si l'intérêt réside depuis deux ans à "voir l'avancée des connaissances sur les grands maitres de la peinture de la deuxième moitié du XIXè siècle", Edgar Degas, majorotairement connu pour ses danseuses est pour cette nouvelle exposition présenté sous un angle qui n'avait été que peu ou proue exposé jusqu'alors. Les centaines de corps nus que l'on retrouve dans cette exposition menée par George T.M. Shackelford, directeur du département de l'Art européen au Museum of Fine Arts de Boston et Xavier Rey, conservateur au musée d'Orsay répondent ainsi à ces nouvelles problématiques, peut-être un peu racolleuse mais qui ont au moins le mérite de faire (re)venir les gens au musée.


               A Orsay, tout est à revoir. Y compris ces corps nus, apparaissant comme le pivot central de l'oeuvre de Degas. Nus académiques, croquis, esquisses: plus que ces corps de femmes potelées et reproduits pour certains plusieurs fois, parfois à plusieurs décennies d'intervales, ces dessins de Degas offrent la possibilité de voir tant l'évolution personnelle et artistique de l'artiste que la marque de témoignage essentiellement sur la France du Second Empire et de la Troisième République. Synthèse de l'enseignement classique reçu, de son admiration pour les grands maitres, les nus de Degas restent cependant une représentation de la condition féminine de l'époque. Le naturalisme alors en vogue dès 1870 se retrouve ici jusqu'au tournant du XXè siècle et évoque la vie des femmes,  de toutes les femmes. Ce qui transparaît essentiellement dans l'oeuvre de Degas, c'est ce regard à la fois objectif et respectueux à l'égard du corps féminin. De ces deux qualités découlent des dessins et ébauches d'un réalisme confondant. Recherches sur le mouvement et les postures animent l'artiste, jusqu'à la fin de sa carrière, expérimentant différentes techniques (peinture, sculpture, fusain, pastel et enfin, et non des moindres, le Tub, technique portée par Degas pour son "haut degré d'achèvement".

 

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    Suivant un parcours chronologique sur sept salles, l'exposition Degas aborde le thème de la féminité dans le dessin en confrontant les oeuvres du maitre à celles d'autres artistes: Goya pour ses dessins de guerre à l'issu d'une salle consacrée à Scènhes de guerre au Moyen-Age, Gervex et son nu féminin glabre ayant scandalisé la France bourgeoise de l'époque sont autant de témoignages de cette histoire culturelle croisée servant à la fois au spectateur à suivre le déroulement de la carrière de l'artiste tout en le confrontant à cette époque de l'histoire, expliquée en "images". L'originalité de Degas est par ailleurs de s'être intéressé à des figures féminines qui ne sont pas issus des intérieurs bourgeois : ici, les prostituées hantent les murs d'Orsay sur des monotypes (procédé d'estampe sans gravure) particuliers, parfois même cruels... Plusieurs oeuvrent ponctuent cette exposition par leurs propre historicité dans la carrière de Degas. Nous citerons ainsi Petites filles spartiates provoquant des garçons, Scènes de guerre au Moyen-Age, ou encore Le Viol, autrement nommé Intérieur. La présentation se conclue sur une salle réservée à la fin de carrière de Degas où l'on perçoit clairement la rupture opérée avec les techniques et sa sensibilité utilisées jusqu'alors. Les traits ne sont plus aussi amples. Plus secs, modèles moins replets, Degas est également confronté à la postérité de ses idées au sein de la modernité artistique européenne.

 

Le spectateur est ainsi pris dans un tourbillon d'informations : quête naturaliste, expérimentation du mouvement, rupture avec les formes du passé, mise en situation historique et artistique, cette exposition devrait ravir les amateurs de Degas et ceux qui ne le connaitraient pas, au risque peut-être d'être noyés sous cette profusion pourtant clairement mise en valeur...


A noter également, l'exposition de nombreux dessins appartenant à la collection du Musée d'Orsay et non exposés pour des raisons de conservations (sensibilité à la lumière) ainsi que de prêts exceptionnels par des collections privées et publiques telles que celle du Philadelphia Museum of Art, de la National Gallery of Art de Washington, de l'Art Institute de Chicago, de la National Gallery de Londres et enfin, du Museum Getty de Los Angeles.

 

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Femme s'essuyant le cou, (1895-1898), Pastel, 62,5x65cm, Paris, musée d'Orsay

 

 
Informations :

 

Exposition du 13 mars-1er juillet 2012

 

Commissaires
George T. M. Shackelford, Head of European art, conservateur au Museum of Fine Arts, Boston
Xavier Rey, conservateur au musée d'Orsay

Exposition organisée par le Museum of Fine Arts de Boston et le musée d'Orsay

Egalement présentée au Museum of Fine Arts, Boston, du 9 octobre 2011 au 5 février 2012

Avec le soutien de The Annenberg Foundation / GRoW Project

Annenberg Foundation

Publications

Catalogue d'exposition

Degas et le nu
Musée d'Orsay / Hazan
39,95 €

Monographie

Degas et le nu
Rey Xavier
Musée d'Orsay/Hazan
8 €

Monographie

Les nus de Degas
Rey Xavier
Musée d'Orsay / Gallimard
8,40 €

 

Lien audiovisuel

http://www.musee-orsay.fr/index.php?id=649&tx_ttnews[tt_news]=30632&no_cache=1

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