Sommes-nous vraiment en mesure d’affirmer qu’il y a actuellement une campagne électorale dont l’enjeu serait de gouverner un pays pour 5 ans ? Et dans quelle mesure cette question pourrait-elle trouver une ou des réponses ? Hormis cette désagréable sensation de voir le destin de la France entre les mains d’une bande de gamins se disputer ce qui semble être devenu un jouet flexible et malléable, rien ne me vient à l’esprit afin de tenter d’y répondre.


Pourtant, le mécontentement gronde et la misère s’affiche, portant enfin un ou des visages croisés au détour d’une rue ou masqués sous des pseudonymes grossiers et des adresses IP cachées.

Le doute règne dans cette espèce d’agitation récréative d’hommes et de femmes girouettes s’attaquant mutuellement et fixés à d’hypothétiques statistiques orientant leurs pensées. Trop occupés à surenchérir, à panser leurs égos blessés. A montrer qui sera le plus fort à la récré plutôt que de proposer, au-delà de solutions illusoires et aux budgets flous, un véritable diagnostic des problèmes que doit aujourd’hui affronter notre société en déliquescence.


                  Considérons l’espace d’un instant la France comme une maladie, un cancer par exemple, ce mal du siècle que l’on dissimule sous de grotesques appellations comme si le fait de ne jamais la nommer permettait de l’annihiler. Qui sait tendre l’oreille dans un bus, un métro, à la terrasse d’un café réalise qu’une majorité de la population française semble avoir conscience de ce mal qui grandit de jours en jours. A ce mal généralisé, se greffent d’autres plaies, conséquence directe de l’absence flagrante d’une médecine appliquée à soigner le mal dont elles sont issues.


                  Les médecins présupposés de cette campagne présidentielle gribouillent sur leurs papiers des médicaments qui servent à soigner une jambe de bois. On soigne en surface, comme si on appliquait du mercurochrome pour tenter de résorber une tumeur. L’effort est ainsi visible, et la médecine sélectionnée à cet effet est spectaculaire, camouflant derechef le problème plutôt que de l’analyser et le combattre utilement. A priori, force est de constater que cet exercice de voltige plébiscité de tout temps, tant par les gouvernements que par la plèbe, avide d’actions plutôt que d’efficacité, semble plus fécond (car exposée et visible) qu’une réelle analyse des maux dont la France (l’Europe et le Monde) est victime (analyse somme toute désagréable, lente et aux solutions inapplicables sur le moment présent ou n’ayant du moins aucun impact immédiatement visible). Car nous sommes dans une dictature de l’urgence où agir est plus important que réfléchir de manière pérenne.

 

Nous avons donc un cancer dont les cellules meurtrières se multiplient. Autour de lui, une foule d’anticorps éligibles, démunis MAIS démonstratifs, tentant d’appliquer deux techniques :


-          _Masquer la maladie en la dissimulant derrière un écran de fumée sur lequel est inscrit un « tout va bien, nous contrôlons la situation »

-          _Panser les plaies avec maladresse sans connaître véritablement la/les sources du/des problèmes. Bref, brasser du vent.

 

               En France, il semblerait donc que l’on joue au docteur en distribuant à tout va de l’aspirine. Ça fait des bulles, ça n’est pas trop mauvais à avaler et ça a un effet placebo non négligeable qui permet de cacher la gravité de la situation. Heureusement, les élections arrivent et avec elles, une cohorte de bambins prêts à en découdre pour remporter le bon point et l’image qui va avec (le portrait du président). Dans notre cour d’école républicaine, le petit prince du peuple, Nicolas le neuf glisse des billes sous l’ancien Flamby, perdant chaque jour autant de poids que de crédibilité. Jean-Luc, planqué sous le préau fabrique une guillotine en carton en fantasmant sur la scène « Rendez-vous avec l’escadron » du cuirassé Potemkine. En face, la Marine qui court avec peine dans la cour pour rattraper ses amis ouvriers, plus décidés à aider Jean-Luc qu’à la suivre. Le bateau prend la flotte. On ne retient de la petite Eva que son accent, ses lunettes dignes d’une pub Afflelou et une campagne mouvementée entre l’hôpital et une chouette Hulot-e qui hulule lugubrement en haut d’un arbre. Ce pauvre François tiraillé entre l’UMPS, qui redistribue ses billes à mesure que la campagne avance… Quant aux autres… Chaminade m’évoque plus pour moi le fondateur d’une église à Bordeaux qu’un candidat, Arthaud porte presque le même nom qu’un auteur et théoricien du théâtre, Nicolas D.A. brandissant fièrement sa carte de transport parisienne qu’il ne paie pas, et Poutou, l’image bonhomme d’un type qui en a « ras le bol de la bande à Sarko », qui décidemment, a décidé de rafler toutes les billes de la cour de récré, même s’il se la joue sympa et proche des potes.


                Devant les grilles de l’école élémentaire, les parents attendent médusés que la récré se termine. Ils attendent que les mômes posent les billes à terre, qu’ils grimpent dignement sur l’estrade et tentent de comprendre les causes de notre décadence et de notre mal-être plutôt que d’agiter perpétuellement un sac remplis de jouets dont ils ne savent pas se servir.


Si je résume, nous avons une « longue et grave maladie » et en face, des apprentis docteurs en culottes courtes.

Mais de quoi parle-t-on vraiment ? Et pour qui ? En ces temps troubles où l’on nous parle d’unité nationale, chacun des candidats propose une politique à deux vitesses. Pour les très riches et pour les pauvres. Moi qui suis de la classe des sacrifiés, la classe moyenne, je me sens oubliée à nouveau. Alors, on nous parle avec des chiffres, en l’absence d’un diagnostic concret et bien établit. Je pourrais également jouer à la statisticienne et rassurer les lecteurs de ce billet. Car l’argumentation numérique n’est autre qu’une fumée que l’on agite pour masquer le vide sidéral de cette campagne. Les chiffres tendent à rassurer, orienter, fâcher, un peu à l’image des bulletins scolaires de notre enfance qui font la valeur ou désapprouve un élève.


Bien sûr, nos enfants éligibles jouent avec plaisir dans la grosse cour de récréation qu’est la télévision ou dans d’autres médias : journaux, radio, internet. A moins d’être sourd et aveugle, pardon, malentendant et déficient visuel, impossible de les rater. Pourtant, il semblerait que nous ayons un handicap : nous restons muets et décontenancés face à cet étalage mé(r)diatique. Vous me direz : « Avec toutes ces possibilités d’informations, il est impossible de ne pas se faire une idée sur les programmes ! ». Ce à quoi je répondrai : « Oui en apparence. Mais je retiens finalement que les insultes, les quolibets, les harangues des uns et des autres, trop occupés à bien paraître, trop occupés à essayer de piquer les billes des copains. »


La phase finale de l’observation résulte enfin dans l’épinglage de ces mauvais citoyens qui n’iront pas voter. Le consensuel « il y a des gens qui sont morts pour le droit de vote » est imparable et recevable. Mais je peux aussi comprendre les autres, ces désabusés qui sont encartés nulle part, qui ne s’y retrouvent pas ou n’ont pas su y trouver un intérêt à cette fête de fin d’année, ce bal de promo de la miséricorde. Et il n’y a pas, contrairement à ce qu’on nous laisse à voir, que les classes les moins éduquées, concernées par ces propos. Il y les anars, les moyens, et ceux qui ont fait des études, parfois longues. Tandis que l’on échoue à créer une véritable unité et identité nationale (avant il y avait le concept rêvé de « liberté, égalité, fraternité »), une cohésion s’installe au sein d’un groupe social que les médias et la pensée contrôlée rejette : l’électorat abstentionniste. Certains prennent même le large, nous laissant avec notre galère devant notre école…


                J’ai toujours trouvé les enfants pénibles : bruyants, méchants, faussement candides, vicieux et sincères par besoin. Exactement ce que je ressens en pensant à cette cour d’école. Heureusement, il est bientôt l’heure de sonner la fin de la récréation. Aller les enfants, c’est bientôt l’heure ! Rangez vos pancartes « laïcité », « meurtrier », « islam », « chômage », « crise » et « pauvres ». Vous les ressortirez lors du prochain spectacle…

Nous en attendant, nous sommes fatigués de toute cette vaine et pathétique agitation.

 

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