Les nouveaux médias favorisent de plus en plus l'émergence de nouveaux "artistes". Ces personnes, désignées comme telles par leur propre vanité étouffent pourtant ceux qui cherchent véritablement à imposer des idées, (re)créer des concepts, expérimenter. Créer en somme. Comment reconnaître l'amateur armé d'un matériel de pro, à l'assaut des friches du kitsch et du déjà-vu en disgrâce des autres, semi-professionnels ou professionnels, tentant d'émerger de la mare stagnante de cette génération "Nikon" ? Si nous n'avons pas la prétention de savoir qui peut prétendre à tel ou tel titre, force est de constater que certains méritent que l'on s'attarde plus sur leurs créations que d'autres, condamnés à intéresser leurs égos démesurés et à repousser les limites de photoshop afin de pallier la médiocrité de leurs clichés.

 

 

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                                                                        (Série : "Et si..."2011)


                    Le Monde d'Eleowine n'est pas de ceux-là. Sous ce nom charmant quoique peut-être mièvre, se cachent de petits trésors bien cachés dans les méandres du virtuel et qui pourtant, mériteraient si ces photographies étaient des toiles, d'être montées sur châssis. Inspirée par les légendes celtes et bretonnes mais aussi par les univers décalés de Kusturica et Burton, Charline, la grande orchestratrice de ces clichés propose une réinterprétation personnelle de certaines thématiques, essentiellement féeriques.


         Tout ne se vaut pas et n'a pas la même puissance, d'une oeuvre à l'autre. Mais les idées (nombreuses) sont présentes et exploitées sans détour. La série "Et si..." est à nos yeux, la meilleure réalisée jusqu'alors. Préciosité, raffinement, onirisme savamment construit, Charline explore et s'exploite (elle est le modèle) sous toutes les coutures. Déjantée et touchante, la jeune femme parvient à nous captiver grâce à une trentaine de clichés : elle nous offre la possibilité de nous échapper dans une bulle d'oxygène, une vraie, loin des pollutions délétères du monde moderne. Alice perdue dans son jardin, géante, paire de jambes, tohu-bohu de livres et de robes, le Monde d'Eleowine évolue dans un univers féminin, suranné et totalement féerique. On aime ou on déteste, le pari est risqué puisque les thématiques flirtent dangereusement avec les codes du genre qui font souvent chuter l'artiste dans le gouffre du kitsch. Même si certains clichés, photoshopés pour rajouter des ailes, ne sont pas sans aller dans le sens de la remarque susmentionnée, Eleowine a tout de même l'élégance de proposer une cohésion. Cohésion de couleur et de cette élégance à laquelle nous faisons allusion, qui agissent ainsi en paratonnerre à la sainte misère kitsch.

 

 

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                                                                                           (Série "Insectes", 2011)

 

 

             Prendre la peine de parler de cette jeune artiste, sert aussi à souligner qu'il existe des personnes au goût sur, qui parviennent à traiter de thèmes féeriques, elfiques, sans succomber aux poncifs du genre. Eleowine rajoute ce qui manque traditionnellement à d'autres : la grâce, que l'on retrouve dans un shooting d'inspiration Lolita Lempicka.
Deux autres clichés ont retenu notre attention et appartiennent à la série "Insectes". Noir et blanc ou bleu pastel sombre, Le monde d'Eleowine transcende le réel et parvient à capter l'essence du merveilleux qui se dégage parfois de la grisaille à ceux qui prennent le temps de regarder. Cela pourrait constituer la meilleure définition de cet ensemble de photographies qui s'inspirent en premier lieu de la nature, foyer fécond où Charline puise son inspiration principale. L'artiste confesse elle-même vouloir faire "passer un message", en tentant de montrer ce qu'il reste du monde, celui qui nous entoure et que nous méconnaissons puisque vissés à nos chaises, traînant longuement nos guêtres sur internet. La série "Les photos du placard" offre, sous ce titre mélancolique et inexplicable, une collection de bijoux surréalistes jouant avec les ombres, les doubles et l'enfance qui mériteraient en outre d'être davantage mis en valeur ! Les thèmes que developpent le Monde d'Eleowine exploitent plusieurs réflexions sur l'univers tangible et ce qui le constitue, personnes et objets. Les modèles sont sublimés

 

(Notamment Kate dans l'album Chendi Helwa dont la beauté est soulignée par l'écrin naturel que lui offre Charline) permettant ainsi au travail de la photographe d'acquérir une force supplémentaire. Cette force n'est autre que la grâce dont nous avons déjà parlé et que nous retrouvons dans "The Bride" ou encore "Elhora", deux concepts différents mais insufflés d'une brise élégante et mélancolique propre au Monde d'Eleowine.

                  Profusion mais qualité, telle est l'oeuvre du Monde d'Eleowine. Mais peut-être Charline devrait-elle restreindre encore le corpus de ses oeuvres afin de mettre en évidence son talent et la force de certains clichés qui ne sont pas sans rappeler des oeuvres peintes, évoquant inévitablement Waterhouse (série Irimar) ou Mark Ryden. Le Monde d'Eleowyne est un univers à découvrir, qui se cherche encore ( la fougue et l'envie de la jeunesse doivent-elles vraiment être signalées comme un écueil ?) mais qui à l'avenir, devrait proposer de somptueux clichés, plus fidèles encore aux goûts raffinés de la jeune femme. Nous attendons donc l'ouverture définitive de ce cabaret burlesque non sans une certaine impatience. Celle que l'on surnomme "Mademoiselle Rose" a déjà exposé à de nombreuses reprises, notamment à l'Estran de Saint Médard en Jalles et réitérera sa présentation féerique les 12 et 13 novembre au festival Musica Litté à Romagne et le 1er décembre à la boutique du Bois Dormant.
Prenez vos ailes de fées, montez à bord du bâteau enchanté du Monde d'Eleowine et n'hésitez plus à partir à la rencontre de ce que la servitude moderne tente d'annihiler : le rêve, dernier bastion de notre for intérieur dont Charline nous ouvre généreusement les portes.

 

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                                                                                              (Série "Chendi Helwa", 2011)

 

 

Pour en savoir et en voir davantage :

 

Le Monde d'Eleowine
FB : Le Monde d'Eleowine

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