Citez moi le nom d'une maison d'édition soutenant la création artistique contemporaine sans dénaturer la force créatrice de l’œuvre de l'artiste.

               Citez moi le nom d'une maison d'édition apportant passion et savoir-faire dans l'édition d'ouvrages d'arts, donnant une force supplémentaire à l’œuvre initialement proposée. Je vous répondrais : Aux forges de Vulcain.

                Des forges où se créent la culture, la vraie, celle qui est à l'ombre des palmes géantes de l'industrie culturelle, et où convergent les forces littéraires et artistiques, qui, nous l’espérons, seront celles de demain. Bref, saluons la ligne éditoriale engagée et engageante de cette maison d'édition créée seulement en 2010, honorant les arts et les sciences, mais aussi les essais et les romans... Entrons à présent dans le vif du sujet en nous taillant une place de choix, au couteau de préférence, dans l'univers singulier proposé par Les forges de Vulcain...

 

Y'a pas de prévenance de Jean-Charles Hue, c'est : des images, des textes, un coup de poing dans le ventre, une lueur d'espoir, des sourires jubilatoires, un humour décapant à faire friser les bien pensants. Cet ouvrage est un voyage, rassemblant pour la première fois les écrits de l'artiste. Parcours initiatique au coeur de l' univers artistique de J.C. Hue, le lecteur évolue dans le monde gitan, le Mexique et sa bouillonnante Tijuana, et se frotte aux combats de chiens qui éclaboussent les rues de leur force vitale et de la transe qu'elles procurent au spectateur. Les caravanes flambent, les baffes décollent, les muchacha défilent dans un délice orgiaque de carne et de BM déguingandées. Nous assistons à la mise en dialogue des textes avec les images tirées des films, vidéos et photographies de Jean-Charles Hue, au dialogue de la vie et de la mort et de ceux qui les vivent.

 

Certains objets reviennent tout au long de cet ovni littéraire et contribuent à composer une « mythologie » de l'artiste : le quart militaire, le couteau, la voiture ou encore le pistolet. L'entretien accordée à Katia Schneller en fin d'ouvrage nous éclaire davantage sur les ambitions personnelles et artistiques de Jean-Charles Hue tout en réhumanisant le personnage... A l'image des films qu'il réalise, entre fiction et documentaire, Y'a pas de prévenance cumule au dépaysement, la violence de textes écrits en argot et d'histoires flirtant avec le tragique et le sublime, l’Éros et le Thanatos : à la fois conte et réalité. En état de grâce, je ne suis pas sortie indemne de la lecture de ce livre qui me rappelle à bien des égards, les troubles ressentis au sortir d'un George Bataille. Cet ouvrage est tout simplement puissant, animal, charnel et définitivement mystique. A recommander aux amateurs d'art et de voyages incongrus.

 

JC.jpg

 

 

Né en 1968, Jean-Charles Hue vit et travaille à Paris. Diplômé, en 2000, de l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy, il est, en 2005, en résidence à la “Villa Médicis Hors les Murs”, à Monterrey au Mexique. En 2003, il est nominé pour le prix Gilles Dusein et récompensé en 2006 par le prix du meilleur travail vidéo au LOOP Video Art Fair de Barcelone. En 2010, le Centre de Création Contemporaine de Tours présente « Y’a pas de prévenance ». Représenté par la Galerie Michel Rein à Paris, il participe en 2009 et 2010 au projet « Hors pistes », organisé par le Centre Pompidou. En 2010, son second long-métrage (après Carne Viva, 2008), La BM du Seigneur, est révélé au Festival international de Documentaire (FID) de Marseille.

Retour à l'accueil